Notions & Concepts

Fiches de lectures des ouvrages ayant contribué à l'étude du geste technique
PITT-RIVERS Julian, « L’anthropologie de l’honneur », Anthropologie de l’Honneur ou Politique des sexes, Barcelone, Editorial Crítica, 1979, pp.17-40.
Rodrigo Ezequiel Pallicer
Mots-clés : Anthropologie; Honneur
Résumé
Cet article propose une réflexion sur le concept d’« honneur ». L’honneur, pose l’auteur, va se fixer sur la fierté que suppose la reconnaissance et l’appartenance à un collectif. Cela va générer un processus d’échange entre la société et le sujet qui va déterminer son rôle dans la société.
Dans l’analyse de Pitt Rivers, les mots et les actions établissent un code avec des ancrages individuels et collectifs. Ils ont une efficacité symbolique car ils structurent la vie quotidienne des individus et ses dispositions. En ce sens, les signes sociaux agissent dans la vie des sujets, les obligeant à signifier, à exprimer leur appartenance et à agir honorablement par rapport à la position qu’ils occupent.
Pitt Rivers affirme ainsi que l’honneur est la valeur d’une personne pour elle-même, mais aussi pour la société. Cela est entendu comme une opinion sur « sa propre valeur, sa revendication de fierté, mais c’est aussi l’acceptation de cette réclamation, son excellence reconnue par la société, son droit à la fierté » (Pitt-Rivers, 1979 : 18). C’est cet ensemble qui constitue un droit à la fierté, à la position, et s’établit comme la reconnaissance d’une identité sociale déterminée.
Réflexion personnelle
Cet article est important pour les travaux qui cherchent à comprendre le rôle social qu’occupent les sujets et les formes par lesquelles ils s’organisent entre eux. Ainsi, il nous aide à penser à la valeur de certaines pratiques dans la vie quotidienne et comment elles sont établies à partir du sentiment d’honorabilité qu’elles génèrent. Ce travail est donc pertinent pour des études sur le geste et ce qu’il représente, la corporalité et les processus de subjectivation des groupes sociaux et collectifs.
Citations pertinentes
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« le sentiment d’honneur inspire une conduite honorable, la conduite reçoit reconnaissance et établit la réputation » (Pitt-Rivers, 1979 : 19).
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« Les paroles et les actes sont significatifs dans le code de l’honneur, parce qu’ils sont des expressions d’attitudes qui revendiquent, accordent ou nient l’honneur » (Pitt-Rivers, 1979 : 25).
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« L’honneur établit un lien entre les idéaux de la société et la reproduction de l’individu par son aspiration à les incarner » (Pitt-Rivers, 1979 : 18).



Marcel Mauss, Techniques du corps, Editions Payot & Rivages, Paris, 2021, pp. 39-83.
Julie E. L. Prévost
Mots-clés : corps; techniques; habitus; phénomène social
Résumé
Lors d’un séminaire organisé par la Société de Psychologie en 1934, Marcel Mauss développe et partage alors la notion de « techniques du corps ». Il entend par là « les façons dont les hommes, société par société, d'une façon traditionnelle, savent se servir de leur corps » (p. 39). L'intérêt historique et ethnographique de cette question était déjà mis en évidence en ce qui concerne les activités de la marche ou encore de la nage, qui sont « spécifiques à des sociétés déterminées » (p. 41). Ce que Mauss essayait de comprendre alors était de quels phénomènes sociaux il s'agissait. Il explique notamment que le geste est modelé selon l’habitus culturel, que celui-ci est appris et reproduit selon un style propre à chaque individu. Chaque individu appartient toutefois à une vision du monde particulière qu'il partage avec d’autres individus. C’est de cette manière que l’on parle de « vision orientale » ou bien de « vision occidentale ». Ainsi, une même action peut être réalisée par des gestes techniques différents selon l’endroit où cette action est réalisée. Nous pouvons prendre en exemple une action commune à tous les hommes : manger. Il n'existe pas en effet une seule manière de manger. En Asie, il est habituel de manger avec des baguettes, tandis qu’en Europe, c’est la fourchette qui est culturellement utilisée. Le geste réalisé pour manger avec une fourchette est fondamentalement différent de celui à exécuter pour manger avec les baguettes. Ainsi, l’Homme emploie des techniques et des gestuelles différentes dont la finalité peut-être la même. L'action de tenir sa fourchette ou de se tenir à table peut également être totalement différente même pour des individus appartenant à la « vision occidentale ».
Marcel Mauss s’adonne à montrer cette multitude de techniques que nous réalisons à chaque instant de nos vies, parfois même sans s’en rendre compte et invite dès lors à explorer davantage ce concept encore « en chantier ». Il démontre la complexité de cette tâche en prouvant la nécessité d'étudier cette question selon un triple point de vue : physiologique, psychologique et sociologique; point de vue qu'il qualifie de « l'homme total » (p. 48). Il développe ensuite les principes de classification du corps, qu'il faudrait diviser selon les sexes et les âges, mais aussi le classement des techniques selon leur rendement, soit de les ranger par « ordre d'efficacité » (p. 59).
Réflexion personnelle
Bien que Mauss ne fait qu'une simple présentation à travers cet article, il fait part de nombreuses pistes de recherche quant à la question du corps. Il permet notamment de mettre en avant que les actes effectués sont des «montages physio-psycho-sociologiques » (p. 78). Ce triple point de vue est dès lors primordial si l'on veut comprendre de manière totale « le geste ».
Citations pertinentes
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« Je dis biens les techniques du corps parce qu'on peut faire la théorie de la technique du corps à partir d'une étude, d'une exposition, d'une description pure et simple des techniques du corps » (p. 39)
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« chaque société a ses habitudes bien à elle » (p.43)
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« Ces "habitudes" varient surtout avec les sociétés, les éducations, les convenances et les modes, les prestiges. Il faut y voir des techniques et l'ouvrage de la raison pratique collective et individuelle, là où on ne voit d'ordinaire que l'âme et ses facultés de répétition. » (p. 47)