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geste équestre & figures tauromachiques



Nous avons démontré dans un article précédent l’importance historique et sociale de la pratique de la tourada (voir « Une analyse du geste dans la tauromachie équestre[1] »). Cette analyse nous a permis de comprendre l’importance du geste équestre, ses valeurs morales et techniques. Cet article a dès lors pour objectif d’analyser dans le détail le geste équestre pratiqué dans la tourada à travers l’exemple de figures tauromachiques connues et pratiquées par le plus grand nombre. Dans le lexique tauromachique portugais, ces figures dont il est question se nomment sortes, (au singulier sorte) et en espagnol : suerte.

La figure tauromachique caractérise le geste qui enfonce le rojão, c’est-à-dire la pose de la banderille. Pour chaque taureau, le règlement exige en général cinq figures avec cinq fers (rojões). Cela varie en fonction de l’habileté du taureau ainsi que celle du cavalier. Le nombre de figures peut diminuer si le spectacle ennui le public, ou au contraire, son nombre peut augmenter si le taureau fait preuve de témérité et de noblesse.

L’exécution d’une belle figure donne toute la valeur tauromachique au spectacle. Il est donc nécessaire d’en comprendre son déroulement. Pour saisir toutes les subtilités techniques de ce geste, nous allons dans un premier temps nous intéresser aux différentes étapes à respecter pour réaliser une figure, puis nous les expliquerons précisément à travers l’exemple des principales figures effectuées et connues dans un spectacle tauromachique.


I/ Etapes des figures tauromachiques


La sorte doit se dérouler en plusieurs phases : il faut tout d’abord citer le taureau, puis supporter la charge, conduire la charge, assujettir le taureau, consentir, pour enfin être capable de réunir en « tempérant la charge et en la commandant », cette dernière phase correspondant alors au point culminant du spectacle.


Citer le taureau


Citer le taureau est la phase où le cavalier appelle le taureau à charger, à combattre. Cette citation se doit d’être légère et gracieuse. Il n’y a pas qu’un type de geste pour réaliser cette première partie ; la citation peut se faire à l’arrêt ou en mouvement, au large ou au près, lentement ou rapidement.


Supporter la charge


Supporter la charge n’est que le moment où le cavalier doit suivre la trajectoire du taureau et ne pas s’enfuir.





Conduire la charge


Conduire la charge n’est autre qu’imposer la trajectoire de charge du taureau. Le toréador a pour objectif de modifier la trajectoire du taureau.





Assujettir le taureau


Dans le combat équestre, le taureau doit avoir comme cible le poitrail du cheval et le cheval doit « gagner la corne droite » du taureau : c’est ce qu’on appelle le quarteio, pour désigner ce mouvement en arc de cercle, au large ou au près, ce qui va imposer la trajectoire à suivre au taureau et qui amène le cavalier à effectuer la réunion. Le geste important que doit exécuter le cheval est alors le suivant : cacher sa croupe derrière ses épaules. Si le geste est mal exécuté et que la croupe du cheval est visible, elle devient dès lors l’attention du taureau, ce qui fera perdre le commandement, la domination du toréador sur le taureau, car celui-ci devra fuir afin de ne pas se faire « accrocher ». Or il faut à tout prix éviter cela, car fuir va à l’encontre du code d’honneur, elle est une preuve de lâcheté, de peur.





Réunir


C’est le moment culminant de la figure. Le cavalier doit se retrouver au centre de la figure, prêt à blesser le taureau en plantant la banderille derrière le cartilage des omoplates, lorsque le taureau, trompé par la trajectoire du cheval, essaie de le saisir à la hauteur des sangles.

A ce moment-là, il est important pour le cheval de retirer sa croupe vers l’extérieur pour éviter qu’il n’ait à se retirer de manière brusque après la pose des fers.

Chaque réunion est ensuite classée selon un ordre de mérite car la pose des fers indique si le geste effectué a été particulièrement difficile ou non. La position des fers dans le corps du taureau est alors qualifiée de « normale », « avant », « arrière » ou « penchée ». On évalue également la qualité des figures par le positionnement des fers, ce qui nous renseigne sur l’aisance ou non du cavalier.





Couronnement


Une fois la figure terminée, le cavalier tourne autour du taureau pour « jouer » avec lui et montrer qu’il n’y a pas eu de fuite.





II/ Exemples de Figures tauromachiques


En tauromachie, il existe un très grand nombre de figures. Parmi ces figures, il y a des figures dites « traditionnelles » en fonction de l’emplacement du taureau, les voici :


- Figure à la porte du toril (à gaiola)


Cette figure se déroule lorsque le cavalier est en face de la porte du toril ou à faible distance de celle-ci. Au contraire des autres figures, celle-ci n’est pas dominée par le toréador car le taureau, ébloui ou aveuglé du fait de passer de sa cave noire à l’arène bien éclairée, entre dans l’arène et fonce droit sur le cavalier sans un but précis. Le cavalier ne peut mesurer la charge taureau mais peut en profiter pour planter son premier fer. Seule la chance intervient dans cette figure.


- Figure de biais


C’est une figure exécutée le long des planches, à l’oblique. Le cavalier cite le taureau qui se met de biais, le cheval se lance sur le flanc du taureau qui se retourne, le cavalier plante le fer et s’en va par un passage étroit et dangereux : entre le taureau et la barrière.


- Figure au large


Figure difficile et périlleuse car la citation se fait à distance, ce qui laisse du temps au taureau de prendre de la vitesse et de donner un coup encore plus brutal.


- Figure au près


Cette figure, à l’inverse de la sorte de largo est réservée aux taureaux nonchalants, qui ont du mal à accourir. Le cavalier n’a pas besoin de soutenir la charge très longtemps ni besoin d’évaluer la distance. Cette figure permet de fatiguer les taureaux et de donner un aspect théâtral au geste. Le public aime particulièrement cette figure.


- Figure de pouvoir à pouvoir


C’est une figure au large très spectaculaire qui prouve des grandes qualités tauromachiques. Le taureau et le cavalier se trouvent diamétralement opposé au niveau des planches et s’élancent l’un contre l’autre pour se réunir au centre de l’arène.


- La figure en réception


Le cavalier se trouve à l’arrêt ou attend le taureau à une très faible allure. Le geste consiste alors à s’écarter au dernier moment, sans toutefois en faire une figure dite « fer à sangles passées », ce qui annulerait tout le courage du cavalier.


- La figure en attaque


Ici, le cavalier prend l’initiative d’attaquer le taureau. Cette figure est employée notamment face à des taureaux lents. La bonne exécution du quarteio est alors d’autant plus importante.


- La figure à deux temps

Cette figure est particulièrement spectaculaire. Le taureau et le cavalier se situent à l’opposé et charge en même temps pour se rejoindre au centre de l’arène.


- Figure en roulis


Dans la figure dite en roulis, le cavalier se laisse poursuivre par le taureau qui le suit même lorsque le cavalier change de direction. Au moment qui lui semble idéal, le cavalier distance le taureau pour pouvoir se retourner et planter les fers.

De cette figure en roulis, une variante fut popularisée par Simão da Veiga Jr., une technique dite du « demi-tour de Simon ». Elle consiste en un demi-tour resserré vers l’intérieur lorsque le couronnement se fait dans les planches.



(Fernando Sommer d'Andrade, La Tauromachie équestre au Portugal, p. 106)


Selon la position du cheval et du taureau, nous parlons du « face à face », de l’assaut de face, de l’assaut à la perpendiculaire, de la figure au demi-tour ou encore de la figure à la croupe.


La figure dite « face à face » est celle qui s’exécute sur tous les terrains. Elle est donc la figure par excellence de l'art tauromachique. Si elle est bien réussie, elle représente en effet toutes les règles de l’art tauromachique; soit les différentes étapes présentées dans la première partie de cet article. Ce dessin en est une belle illustration :



(Fernando Sommer d'Andrade, La Tauromachie équestre au Portugal, p. 111)


Conclusion


Cette présentation a eu pour but de montrer la diversité technique et gestuelle du combat équestre dans la tourada. Ces gestes techniques sont codifiés, ils ont un objectif de domination, de communication et de spectacle.

Le geste choisi pour la bonne réalisation des figures dépend dès lors de la position du taureau et du cheval dans l’arène. Si une figure est mal exécutée, elle peut être funeste pour le cavalier ou le cheval, mais elle démontre surtout que le torero n’a pas été à la hauteur du combat, que sa technique n’est pas maîtrisée et par conséquent, il est victime de déshonneur.


Bibliographie


Fernando Sommer d’Andrade, La Tauromachie équestre au Portugal, éd. Michel Chandeigne, Paris, 1991, 141p.


Notes

[1] Article de l’auteur, mis en ligne le 3 décembre 2022 sur le site « Gestes équestres. Journal de culture et des techniques du monde du cheval » dans la rubrique « Cheval et société ».


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