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L’équitation western : réflexion sur la notion d'équitation de travail

Lorsqu’on s’intéresse à l’équitation western, l’un des premiers aspects qui en ressort concerne son origine d’équitation de travail. Selon la définition de la Fédération française d’équitation : « L’Équitation Western vient des États-Unis. Elle est issue d’une équitation de travail propre aux cavaliers devant convoyer entre autres du bétail à travers le continent ». Cependant, on peut s’interroger sur ce qui est désigné comme équitation de travail.

Qu’est-ce qu’une équitation de travail ? Quelles en sont les particularités ? Quels sont les rapports entretenus entre le cavalier et le cheval dans ce type d’équitation ? Quelle est la distinction entre un cheval au travail et un cheval de travail ? Se pencher sur ces questions permet de replacer l’équitation western dans son contexte d’origine et de l’envisager non pas uniquement comme une discipline équestre mais également comme un mode de vie qui prend en compte des structures économique, technique, spatiale, sociale et culturelle ainsi que des modes de transmission.


Il n’existe pas de définition anthropologique de l’équitation de travail. Toutefois, nous pouvons distinguer certaines caractéristiques de cette discipline équestre. Tout d’abord, la notion d’équitation de travail renvoie à différentes réalités ce qui suppose une conception plurielle du terme. Il est préférable de parler d’une équitation de travail plutôt que de l’équitation de travail dans la mesure où cette activité équestre est présente à travers le monde et que ses modalités de pratique varient en fonction de son pays d’origine. Ainsi, l’équitation western tout comme la doma vaquera andalouse ou encore l’équitation camarguaise sont des équitations de travail constituées chacune de leur propre culture et tradition équestre et de leur costume traditionnel.

Bien qu’il y ait de nombreuses différences culturelles et techniques entre ces équitations de travail, celles-ci se rejoignent traditionnellement autour de la dimension utilitaire de leur pratique équestre. Dans cette perspective, le cheval est d’abord envisagé comme un « instrument de développement » [1] dans un contexte agricole, en particulier pour le tri du bétail. L’animal est alors utilisé pour sa force motrice dans une activité laborieuse afin de faciliter le développement économique de l’homme. Si ces éléments permettent de poser des hypothèses quant aux liens entre l’homme et le cheval, ils ne permettent pas réellement de mettre en évidence les rapports entretenus concrètement entre un cavalier et sa monture dans le cadre d’une équitation de travail.

D’autre part, on peut s’interroger sur les notions de travail et d’utilité dans l’activité équestre. S’agissant d’une équitation de travail telle que l’équitation western, l’animal est considéré comme un « cheval de travail » [2]. Pourtant, les chevaux sont utilisés dans toutes sortes de travaux qui participent au développement économique humain. En effet, ils sont utilisés dans le domaine du sport et du loisir pour l’enseignement mais également pour le tourisme. Néanmoins, les chevaux impliqués dans ce type d’activités ne sont pas considérés comme des chevaux de travail mais plutôt comme des « chevaux au travail » [3], l’expression recouvrant dans ce cas un sens plus large.

Qu’est-ce qui explique cette différence de considération ? La nuance pourrait résider dans le caractère laborieux de l’équitation de travail. Cependant, il serait faux de considérer qu’un cheval de sport qui enchaîne parfois plusieurs heures d’entrainement par jour n’effectue pas un travail laborieux. Il pourrait aussi s’agir d’une distinction effectuée au niveau du temps de repos et des soins apportés à la monture ou bien au niveau de l’intensité physique du travail demandé à l’animal. Nous ne proposons ici que des hypothèses qui pourraient expliquer la différenciation entre « cheval de travail » et « cheval au travail » dans la mesure où cette question mériterait une étude complète. Toutefois, pour revenir à l’équitation western et à la notion d’équitation de travail, nous pouvons affirmer que les relations entre cavalier et monture ne se résument pas à un rapport de soumission dans le cadre d’une activité de labeur.


Désormais, l’équitation de travail est considérée comme une discipline équestre à part entière et fait l’objet de compétitions qui s’organisent autour de quatre épreuves : le dressage, la maniabilité, la rapidité et le tri du bétail. Dans ce contexte, l’équitation de travail n’est pas envisagée de manière plurielle puisque les différentes pratiques équestres traditionnellement issues d’une équitation de travail disposent de leur propre encadrement et championnat. En situation de compétition, l’équitation de travail est considérée de manière sportive et non plus dans une perspective utilitaire et agricole. Par exemple, le tri du bétail est effectué dans un espace clos et relativement petit dans lequel la précision du geste est primordiale.

À l’inverse, originellement l’équitation de travail se pratique en extérieur et sur de grands espaces ce qui donne une place centrale à l’efficacité des actions réalisées par le couple cavalier/cheval. Dans l’équitation western, les contraintes liées à l’origine de travail de ce type d’équitation se traduisent directement dans les gestes opérés par le cavalier sur son cheval. Ainsi, pour éviter de fatiguer le cavalier qui reste traditionnellement plusieurs heures en selle, les aides, c’est-à-dire « l’ensemble des moyens utilisés par le cavalier pour communiquer avec sa monture, percevoir et sentir ses réactions, lui transmettre ses demandes » [4], sont caractérisées par leur légèreté et leur finesse. Alors qu’en équitation classique les cavaliers sont habitués à agir continuellement sur le cheval afin de leur donner des indications, dans l’équitation western, le cheval est éduqué de sorte à ne pas changer d’attitude jusqu’à ce qu’on lui donne une nouvelle consigne. En effet, ces différences techniques sont le fruit d’une éducation différente à la fois pour le cheval et pour le cavalier et s’accordent avec les nécessités de la pratique d’origine, ici une équitation de travail.

On peut alors se demander quand l’équitation de travail est passée d’une discipline professionnelle à une discipline sportive et chercher à comprendre comment et pourquoi l’équitation western s’est différenciée de l’équitation de travail.


Clarisse Darnaude

Master 2 Erasmus Mundus Techniques, Patrimoine et Territoires de l'Industrie, Promotion 15


Notes

[1] « Histoire sociale de la culture équestre. Entretien avec Daniel Roche », Sociétés & Représentations, vol. 28, no. 2, 2009, p. 239-252.

[2] Léa de Boisseuil, « Chevaux travaillés et chevaux qui travaillent : réflexions sur la notion de travail dans l’univers équestre », In Situ [En ligne], 27 | 2015, mis en ligne le 02 novembre 2015, consulté le 17 janvier 2022. URL : http://journals.openedition.org/insitu/12101 ; DOI : https://doi.org/10.4000/insitu.12101

[3] Léa de Boisseuil, « Chevaux travaillés et chevaux qui travaillent : réflexions sur la notion de travail dans l’univers équestre », In Situ [En ligne], 27 | 2015, mis en ligne le 02 novembre 2015, consulté le 17 janvier 2022. URL : http://journals.openedition.org/insitu/12101 ; DOI : https://doi.org/10.4000/insitu.12101

[4] Sophie Dubourg (dir.), « Échelle de progression. Les fondamentaux de la formation du cheval », Échelle de progression [en ligne], Fédération Française d’Équitation, 2020. URL : https://www.ffe.com/system/files/2021-05/ECHELLE_DE_PROGRESSION.pdf


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