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(I) Spectacle et animation équestre

Dernière mise à jour : 27 nov. 2022

Une approche anthropologique

du concept des « techniques corporelles » dans la pratique de l'équitation à Chantilly.


Introduction Partant de l'étude de la pratique de l'équitation et de la formation des chevaux à l'exercice de l’art équestre, l'objectif de cet article est de réfléchir sur la perspective anthropologique du corps et de contribuer à l'étude plus générale des "techniques corporelles". Depuis la conférence de Marcel Mauss en 1936, différents sujets de recherche, de discussions, d’approches théoriques et de perspectives méthodologiques ont été présentés pour étudier l'approche du corps dans des contextes socioculturels spécifiques. Le corps est mis en mouvement dans le temps et l'espace, au sein de systèmes culturellement spécifiques en termes de structure et de signification du mouvement. C'est-à-dire que ce sont des mouvements spécialisés qui ont une signification socioculturelle, des modes d'action humains, culturellement et historiquement construits. Aussi, quels concepts ou notions liés à l'équitation sont impliqués ? Comment ces gestes et mouvements corporels deviennent-ils concrètes ? Dans quels contextes sociaux sont-ils produits ? Ou inversement, ces contextes sont-ils souvent vus comme des prismes à travers lesquels on peut voir l’équitation ? Ce sont quelques-unes des questions qui motivent cet article. Notre objectif est de visualiser les débats et les nouveaux courants de recherche autour de l'étude des "techniques corporelles" de Marcel Mauss. En ce sens, et sur la base de l'approche anthropologique du corps, une tentative sera faite de revoir les conceptualisations socio- anthropologiques du corps en proposant d'autres façons d'interpréter la nature des gestes et des mouvements à partir d'une étude de cas. Celle-ci portera sur Compagnie Équestre des Grandes Écuries de Chantilly, abritée par le Musée Vivant du Cheval, situé à proximité du Château dans les Grandes Écuries construites par Jean Aubert en 1719 pour abriter 240 chevaux et 500 chiens. À proximité immédiate, on trouve un hippodrome où se déroulent des courses depuis 1834. Le musée est dédié aux chevaux et constitue un centre d'intérêt pour de nombreux touristes et amateurs d’équitation. IL propose une visite historique, artistique et archéologique de la relation entre l'homme et le cheval depuis les débuts de la civilisation. Tout au long de l'année, les cavalières de la Compagnie Équestre des Grandes Écuries de Chantilly Y proposent des spectacles équestres, dédiés à l'art du dressage, qui contribuent à la notoriété internationale de Chantilly depuis plus de 30 ans. AINSI, 20 chevaux et 7 cavalières jouent plus de 150 représentations par an, comprenant à la fois des spectacles et des animations équestres. Dans le cadre de l’écriture de cet article, une visite a été réalisée au Musée Vivant du Cheval, durant laquelle les phases de détente (travail préparatoire) et de spectacle proposées par les cavalières de la Compagnie Équestre des Grandes Écuries ont pu être observées et enregistrées (à travers la photographie et la vidéo). Sa directrice, Sophie Bienaimé, a été interviewée.


Anthropologie du corps Dans l'actualité, nous assistons à un processus de discussion théorique et épistémologique sur diverses dichotomies forgées dans la modernité, telles que l'esprit / le corps, l'homme / la femme, la nature / la culture : des siècles de prédominance du rationalisme et du dualisme ont conduit au fait que, dans la modernité occidentale, le corps était principalement considéré comme un simple « objet » dissocié et différencié de la « raison », de « l'esprit » ou de « l'âme ». Ces débats sont un élément à prendre en compte dans l'élaboration d'un cadre conceptuel pour l'étude du corps dans des contextes socioculturels. Le corps est compris d'une manière plus complexe qu'un simple organisme biologique. Les dimensions du corps que nous ressentons et comprenons comme une donnée de la nature, sont ancrées dans le contexte socioculturel. De cette façon, nous nous concentrons sur l'idée de constructions sociales, de représentations culturelles et symboliques. Les recherches fondamentales de l'anthropologie et de la sociologie du corps comme celle de Mauss ont pris le corps comme objet d'étude en mettant en évidence son caractère socialement construit et sa variabilité culturelle. La visibilité des interrelations entre le corps et la société, l'histoire et la culture, ainsi que la reconnaissance que le corps n'est pas seulement un objet naturel, sont des éléments clés qui font partie des grandes contributions des sciences sociales. De nombreuses et différentes pistes de recherche ont été ouvertes sur la base de son caractère culturellement divers et socialement construit (on peut citer, par exemple, l'étude classique d'Edward Hall). Marcel Mauss et Robert Hertz ont partagé le fait d'appartenir à l'École de sociologie française dirigée par Émile Durkheim. Hertz a écrit en 1907 le premier essai connu sur l'anthropologie de la mort. Il a exploré dans un autre de ses textes le binarisme évaluatif présent dans la prééminence du côté droit (associé au positif, au masculin et au sacré) par rapport au côté gauche (lié au négatif, le féminin et le profane), observable dans l'utilisation de l'espace, du langage et du corps. Les études de Hertz et Mauss ont inauguré l'anthropologie du corps (nous ferons référence à Marcel Mauss dans la section suivante). En tant que représentants de l'École de sociologie française, les deux auteurs partagent un intérêt à connaître l'origine des catégories de pensée de leur propre société, sous l'hypothèse qu'elles ont une origine sociale qui resterait cachée après un processus de naturalisation. Comme le soutient l'auteur Silvia Ciro en 2009, à partir des années 80 et 90, après avoir compris que le corps est une construction sociale et culturelle, les études ont cherché à comprendre les mécanismes par lesquels le corps a été construit, contrôlé, surveillé, discipliné, normalisé, formé, etc. C'est-à-dire que tout ce qui est fait au corps, tout cela se fait pour avoir un impact sur un ordre social et sur les sujets (comme les travaux de Michel Foucault). Plus tard, une attention a été portée à tout ce que le corps fait dans sa dimension productive, dans son caractère de source de connaissances et d'expériences. Récemment, des chercheurs travaillant sur des questions liées à la corporalité, tentent de construire une perspective qui ajoute des éléments d'approches phénoménologiques et post-structuralistes. Ils reconnaissent à la fois l'expérience corporelle, la capacité de produire des connaissances et les effets de la corporéité sur la subjectivité, tels que les effets des discours et des déterminations structurelles sur les corps et les sujets. Une autre tendance dans les travaux actuels sur la corporalité est de traiter le corps comme une

dimension constitutive de toute pratique sociale, au lieu de le considérer comme un objet d'étude différencié. Les actions que nous menons dans la vie quotidienne impliquent l'intervention du corps, et avec la médiation de notre corps, constamment perçue ici et maintenant, nous nous insérons activement dans un espace social et culturel donné. La condition humaine est corporelle, dans le corps la vie se développe et se vit. On pourrait dire qu'à partir de notre perception quotidienne à la fois nous sommes et avons un corps. D'une part, notre existence est toujours corporelle, et en même temps, nous sommes des sujets qui construisent notre corps par rapport au système symbolique dans lequel nous sommes insérés à un certain moment historique. Le corps produit du sens, communique. Ce que les sujets mettent en jeu dans le domaine physique provient d'un ensemble de systèmes symboliques socialement partagés. Selon l'auteur David Le Breton : « Au sein d'une même communauté sociale, toutes les manifestations corporelles d'un acteur sont pratiquement significatives pour leurs membres. Elles n'ont de sens que par rapport à l'ensemble des données de la caractéristique symbolique du groupe social. Il n'y a rien de naturel dans un geste ou une sensation » (Le Breton, 2002 : 9, propre traduction). La technique corporelle en question Le concept de « techniques corporelles » a été introduit par Marcel Mauss dans son ouvrage « Sociologie et anthropologie » en 1934. Son hypothèse se caractérisait par son intérêt à prendre comme objectif d'analyse «l’homme total» qui a servi à nommer ce qui sera plus tard l'anthropologie du corps. Pour cet auteur, « Le corps est le premier et le plus naturel instrument de l'homme. Ou plus exactement, sans parler d'instrument, le premier et le plus naturel objet technique, et en même temps moyen technique, de l'homme, c'est son corps » (Mauss, 1936 : 10). Mauss affirme qu'il existe une diversité dans le corps des individus de chaque société, quelque chose qui reste latent dans la façon dont les utilisations du corps dans certaines activités ou coutumes ont changé tout au long de l'histoire de l'être humain. Mauss a expliqué que le corps est un instrument de l'activité humaine qui, comme tout outil, doit être appris à utiliser par la maîtrise de techniques, c'est-à-dire qu'il faut connaître certaines procédures et savoir les exécuter habilement. Une fois que cela est fait, nous acquérons la confiance et la sécurité nécessaires pour accomplir diverses tâches, des plus simples, comme marcher ou lire un livre, au plus complexes comme nager, danser ou faire fonctionner des machines sophistiquées. Bien sûr, nous ne sommes pas nés en connaissant ces mouvements, mais nous les apprenons par l'observation ou l'enseignement direct. Nous identifions les gestes qui sont efficaces pour les autres et nous les imitons. Avec la pratique, nous les maîtrisons et nous pouvons même les perfectionner. Pour expliquer le caractère symbolique et socialement construit des techniques corporelles, Mauss introduit la notion d'habitus (développée ensuite par Pierre Bourdieu) soulignant qu'il s'agit d'une dimension acquise et ancrée dans la pratique, et la définissant comme : «...le mot n'inclut pas les habitudes métaphysiques (...) Ces « habitudes » varient non pas simplement avec les individus et leurs imitations, elles varient surtout avec les sociétés, les éducations, les convenances et les modes, les prestiges. Il faut y voir des techniques et l'ouvrage de la raison pratique collective et individuelle, là où on ne voit d'ordinaire que l'âme et ses facultés de répétition. » (Mauss, 1936 : 7).

Par conséquent, la notion de « techniques corporelles » de Mauss fait référence en premier lieu aux propres utilisations du corps comme instrument. En ce sens, dans le tableau où il décompose les techniques du corps, il ne décrit pas le corps d'un point de vue biologique mais à partir d'un corpus d'actions. C'est-à-dire qu'il se concentre sur la vision du geste et du mouvement. Le concept des techniques corporelles de Marcel Mauss est à la fois intéressant et problématique. D'une part, Mauss les conçoit comme des actes à la fois physiques, techniques, socialement appris et déterminés, instances qui ne peuvent être séparées qu'analytiquement. Mais il les distingue des actes rituels, magico-religieux ou symboliques, impliquant que les techniques corporelles sont essentiellement des techniques physiques, dans lesquelles le symbolique s'exprime uniquement dans le fait qu'elles sont apprises et partagées socialement. Ainsi le corps n'est plus qu'un outil et un moyen technique, et les sujets les vivent comme des mouvements physico-mécaniques, sans impact sur leur subjectivité. Si la dimension sociale et symbolique des techniques du corps n'est pas totalement niée, le corps est perçu comme un objet sur lequel s'impriment les enjeux sociaux, et qui n'est pas lui-même producteur d'expériences et de subjectivité. Comme nous l'avons dit dans la section précédente, jusque dans les années 1970 et 1980, les domaines de la sociologie et de l'anthropologie du corps n'étaient pas clairement délimités. À cette époque, ces disciplines accordaient plus d'importance aux conceptions du corps et moins d'intérêt à traiter des techniques corporelles. Cela peut être interprété comme un héritage du dualisme cartésien, selon lequel l'être est constitué par l'esprit et non par le corps. Cette construction idéologique du corps est celle qui prévaut dans la modernité occidentale, et il n'est pas étrange de comprendre que la matérialité corporelle a été un sujet mineur ou oublié pour les sciences sociales. Lorsque le corps se situait comme une construction socioculturelle, il était communément abordé comme une matérialité qui reflète ou reçoit le social, et non comme un producteur en soi. Après que Marcel Mauss ait proposé d'étudier les techniques du corps, et quelques décennies d'intérêt minoritaire pour le sujet, le corps s'est positionné comme un objet d'étude légitime pour l'anthropologie et la sociologie, d'abord dans une perspective centrée sur les notions de corps plus que dans leurs pratiques, leurs utilisations et leurs expériences concrètes.


La technique corporelle en question Le concept de « techniques corporelles » a été introduit par Marcel Mauss dans son ouvrage « Sociologie et anthropologie » en 1934. Son hypothèse se caractérisait par son intérêt à prendre comme objectif d'analyse «l’homme total» qui a servi à nommer ce qui sera plus tard l'anthropologie du corps. Pour cet auteur, « Le corps est le premier et le plus naturel instrument de l'homme. Ou plus exactement, sans parler d'instrument, le premier et le plus naturel objet technique, et en même temps moyen technique, de l'homme, c'est son corps » (Mauss, 1936 : 10). Mauss affirme qu'il existe une diversité dans le corps des individus de chaque société, quelque chose qui reste latent dans la façon dont les utilisations du corps dans certaines activités ou coutumes ont changé tout au long de l'histoire de l'être humain. Mauss a expliqué que le corps est un instrument de l'activité humaine qui, comme tout outil, doit être appris à utiliser par la maîtrise de techniques, c'est-à-dire qu'il faut connaître certaines procédures et savoir les exécuter habilement. Une fois que cela est fait, nous acquérons la confiance et la sécurité nécessaires pour accomplir diverses tâches, des plus simples, comme marcher ou lire un livre, au plus complexes comme nager, danser ou faire fonctionner des machines sophistiquées. Bien sûr, nous ne sommes pas nés en connaissant ces mouvements, mais nous les apprenons par l'observation ou l'enseignement direct. Nous identifions les gestes qui sont efficaces pour les autres et nous les imitons. Avec la pratique, nous les maîtrisons et nous pouvons même les perfectionner. Pour expliquer le caractère symbolique et socialement construit des techniques corporelles, Mauss introduit la notion d'habitus (développée ensuite par Pierre Bourdieu) soulignant qu'il s'agit d'une dimension acquise et ancrée dans la pratique, et la définissant comme : «...le mot n'inclut pas les habitudes métaphysiques (...) Ces « habitudes » varient non pas simplement avec les individus et leurs imitations, elles varient surtout avec les sociétés, les éducations, les convenances et les modes, les prestiges. Il faut y voir des techniques et l'ouvrage de la raison pratique collective et individuelle, là où on ne voit d'ordinaire que l'âme et ses facultés de répétition. » (Mauss, 1936 : 7).

Par conséquent, la notion de « techniques corporelles » de Mauss fait référence en premier lieu aux propres utilisations du corps comme instrument. En ce sens, dans le tableau où il décompose les techniques du corps, il ne décrit pas le corps d'un point de vue biologique mais à partir d'un corpus d'actions. C'est-à-dire qu'il se concentre sur la vision du geste et du mouvement. Le concept des techniques corporelles de Marcel Mauss est à la fois intéressant et problématique. D'une part, Mauss les conçoit comme des actes à la fois physiques, techniques, socialement appris et déterminés, instances qui ne peuvent être séparées qu'analytiquement. Mais il les distingue des actes rituels, magico-religieux ou symboliques, impliquant que les techniques corporelles sont essentiellement des techniques physiques, dans lesquelles le symbolique s'exprime uniquement dans le fait qu'elles sont apprises et partagées socialement. Ainsi le corps n'est plus qu'un outil et un moyen technique, et les sujets les vivent comme des mouvements physico-mécaniques, sans impact sur leur subjectivité. Si la dimension sociale et symbolique des techniques du corps n'est pas totalement niée, le corps est perçu comme un objet sur lequel s'impriment les enjeux sociaux, et qui n'est pas lui-même producteur d'expériences et de subjectivité. Comme nous l'avons dit dans la section précédente, jusque dans les années 1970 et 1980, les domaines de la sociologie et de l'anthropologie du corps n'étaient pas clairement délimités. À cette époque, ces disciplines accordaient plus d'importance aux conceptions du corps et moins d'intérêt à traiter des techniques corporelles. Cela peut être interprété comme un héritage du dualisme cartésien, selon lequel l'être est constitué par l'esprit et non par le corps. Cette construction idéologique du corps est celle qui prévaut dans la modernité occidentale, et il n'est pas étrange de comprendre que la matérialité corporelle a été un sujet mineur ou oublié pour les sciences sociales. Lorsque le corps se situait comme une construction socioculturelle, il était communément abordé comme une matérialité qui reflète ou reçoit le social, et non comme un producteur en soi. Après que Marcel Mauss ait proposé d'étudier les techniques du corps, et quelques décennies d'intérêt minoritaire pour le sujet, le corps s'est positionné comme un objet d'étude légitime pour l'anthropologie et la sociologie, d'abord dans une perspective centrée sur les notions de corps plus que dans leurs pratiques, leurs utilisations et leurs expériences concrètes.


Sources :

Bourdieu Pierre, El sentido práctico, Madrid, Editorial Taurus, 1991.

Crossley Nick, « The Circuit Trainer’s Habitus: Reflexive Body Techniques and the Sociality of the Workout », Body & Society, t. 10, n° 1, 2004, p. 37- 69.

Fédération Française d'Equitation: https://www.ffe.com/

Le Breton David, « Antropología del cuerpo y modernidad », Buenos Aires, Nueva Visión, 2002.

Lyon Margot, « The Material Body, Social Processes and Emotion: `Techniques of the Body’ », Body & Society, t. 3, n° 1, 1997, p. 83- 101.

Marcel Mauss, « Les techniques du corps » Article originalement publié Journal de Psychologie, XXXII, 1936. Communication présentée à la Société de Psychologie le 17 mai 1934, 23 p.

Marvin, Garry, Susan McHugh, « In it together: An introduction to human-animal studies », en Garry


Marvin y Susan McHugh (dir.), Handbook of Human-Animal Studies, Londres, Routledge, 2014, p. 1- 9.

Mora Ana Sabrina, « Cuerpo, género, agencia y subjetividad », Communication présentée dans le V Journées de Sociologie à l’Université de La Plata, 2008, 21 p.

Silvia Citro, « Cuerpos significantes: Travesías de una etnografía dialéctica », Buenos Aires, Biblos 2009.

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